Paranoïa
Mohammed, lui aussi, connaît les lenteurs administratives et la froideur des fonctionnaires. Mais il ne se laisse pas abattre. Ses convictions l’incitent à s’engager. Il tente d’aider d’autres sans papiers grâce à son expérience. Mais la condition de clandestin s’endurcit : « Depuis que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, d’abord en tant que ministre de l’Intérieur puis comme président de la République, la situation des sans-papiers se dégrade. On se sent comme du gibier. La peur du contrôle d’identité intempestif nous rend paranoïaques ».
Le cas de Kadija, une jeune femme épuisée par sa maladie, est dramatique. À bout de nerf, abandonnée de toute part, elle, comme de nombreux autres sans papiers, n’a pas revu sa famille au Maroc depuis des années. Mais les choses deviennent de plus en plus insoutenables pour Kadija, diabétique et depuis quelques mois privée de ses droits à l’Aide Médicale de l’Etat (AME). Mohammed confirme que l’obtention de l’AME n’est plus ce qu’elle était depuis quelque temps : « Avant, vraiment, tous les étrangers y avaient droit et leur demande aboutissait en dix, quinze jours. Maintenant il faut attendre deux, trois mois sans pour autant avoir la certitude de l’obtenir ». Mais c’est justement cette dégradation qui pousse de nombreux sans-papiers à se révolter. Pour Mohammed, la coupe est pleine : « Je suis fatigué et les autres sans-papiers aussi sont fatigués. À force d’être humiliés, nous sommes poussés dans nos retranchements ». Lassitude et humiliation : deux ingrédients qui peuvent mettre le feu à la poudrière et faire exploser cet étau que le gouvernement fait peser sur les sans-papiers.