Mimi (Susanna Branchini) et Rodolfo (Carlos Cosias)A peine entré dans la grande salle de l’Opéra de Nice, le « la » est donné pour cette première de « La Bohème » de Puccini : tandis que les musiciens finissent d’accorder leurs instruments, le public découvre, posée à même la scène, une télévision branchée qui diffuse des images de mai 68 ! Malheureusement pour le spectateur, et contrairement aux « événements » de l’époque, la matraque est cette fois-ci tenue par le metteur en scène : aucun cliché, aucun poncif ne nous aura été épargné si ce n’est à la fin, au moment où l’intensité dramatique de ces « Scènes de la vie de bohème », écrites par Henri Murger, reprend ses droits. Autrement, la salle est littéralement noyée, ensevelie, engloutie sous un déluge de symboles copieusement assénés. Au point, dans un second tableau censé se dérouler au Quartier Latin mais transformé volontairement par le metteur en scène Daniel Benoin en « soirée à la Mutualité ou à Normale sup’ », de regretter des chanteurs rendus inaudibles et invisibles – on comprend les sueurs du chef Marco Guidarini – par une atmosphère bruyante et confuse finalement pas si éloignée de la « chienlit ». Sous une impulsion qui semble plus dogmatique qu’artistique, la vie parisienne de Puccini en est réduite dans ce second acte à une joyeuse bande de « green smokers » déjantée, qui se trémousse, se refile des « joints » et réserve un accueil triomphal à un grotesque défilé de militants maoïstes. Autant d’effets grossiers et de messages passablement vieillis qui effacent le génial coup scénique du passage du premier au second tableau : tandis que Rodolfo et Mimi s’éloignent plus amoureux que jamais, un jeu intelligent de lumières fait soudainement apparaître l’espace du second tableau, saisissant le public d’admiration.
On ne peut certes reprocher à Daniel Bernoin sa volonté de cohérence : il fait de la mansarde du premier acte un squat, transforme, dans le second, le quartier latin en soirée étudiante animée, change ensuite la « barrière d’enfer » du troisième tableau en bidonville de la ceinture parisienne. Mais à l’évidence, sa détermination idéologique ne parvient pas à s’imposer complètement : la mansarde a beau être couverte d’affiches révolutionnaires, le propriétaire peut être habillé en « facho » avec un blouson « bombers », le troisième tableau peut inviter des CRS à entrer par l’orchestre et venir « encadrer » la scène comme s’il s’agissait d’une manifestation – suscitant quelques quolibets ironiques d’un public niçois étonnamment nostalgique mais qui savait la présence de Christian Estrosi dans la loge d’honneur ! – l’ensemble peine à convaincre. Ce jusqu’au-boutisme outrancier du second tableau recouvre l’histoire, dilue la trame et introduit finalement une rupture déstabilisante entre le premier et les deux derniers tableaux. Ce sont peut-être quelques remords qui ont amené Daniel Benoin, dans cette approche compulsivement soixante-huitarde, à ponctuer curieusement d’une touche ultra classique deux moments particuliers de sa mise en scène : la neige à la fin du premier acte et les pétales de couleurs à la fin du troisième, le tout en extrême abondance. Zeffirelli n’aurait pas fait mieux.
Rodolfo (Carlos Cosias), Colline (Nicolas Courjal) et Marcello (Marc Barrard)Les voix et la musique ont toutefois sauvé l’essentiel de cette production. Dès le premier tableau, les voix des quatre compères, le peintre Marcello (Marc Barrard), le poète Rodolfo (Carlos Cosias), le philosophe Colline (Nicolas Courjal) et le musicien Schaunard (Paolo Bordogna) apportent une satisfaction immédiate par la qualité de leur prestations lyriques. La voix très méditerranéenne, chaleureuse, aux accents quasi pavarottiens du ténor Carlos Cosias lorsqu’il « arrache » des notes dans la souffrance, celle du basse Nicolas Courjal, magnifique dans son air grave « vecchia zimarra » du dernier acte, méritent d’être relevées. Voix brillamment mises en valeur par un jeu d’acteurs particulièrement complice. Le rôle titre féminin de Mimi, interprétée par la soprano Susanna Branchini, ne parvient malheureusement pas à susciter le même enthousiasme. Son grand air « mi chiamano Mimi » est altéré par des aigus stridents. Plus généralement, sa voix semble obsédée par la seule expression de la puissance au détriment de l’émotion. Tentation toujours compréhensible pour une artiste lyrique de chercher à compenser la pauvreté du jeu scénique réservée à ce rôle titre mais qui aurait pu tout aussi bien aller puiser dans la profondeur de ses affects. Impression d’autant plus étrange pour cette artiste connue à l’origine pour l’excellence du répertoire très « intériorisé » de la musique sacrée de Vivaldi, Bach et Haendel. Son spectre vocal retrouve néanmoins une coloration plus touchante dans le final. On notera la performance de Donata d’Annunzio Lombardi dans le rôle de Musetta laquelle équilibre davantage voix et présence physique sur la scène. La direction musicale de l’Orchestre philharmonique de Nice par le chef Marco Guidarini est, dans toutes ces conditions, d’autant plus digne d’éloges.
Dans l’attente de la conférence de presse du Maire de Nice Christian Estrosi qui devrait dévoiler le programme de la nouvelle saison 2008/2009, on ne peut que remercier toute l’équipe de l’établissement de la rue saint-François-de-Paule, d’avoir su tout au long de cette année, enchanter le public niçois.
« La Bohème »,scene liriche en 4 tableaux de Giacomo Puccini. Prochaines représentations : dimanche 25 mai à 14h30, mardi 27 mai à 20h00 et jeudi 29 mai à 20h00. Opéra de Nice : 4&6 rue saint-François-de-Paule, 06300 Nice. Location et renseignements au 04 92 17 40 79.
Rodolfo (Carlos Cosias), Colline (Nicolas Courjal) et Marcello (Marc Barrard)
Mimi (Susanna Branchini) et Rodolfo (Carlos Cosias)
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