Opéra de Nice : Philippe Bender investit lentement mais sûrement l’Orchestre philharmonique

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Quel changement ! Depuis ce concert de rentrée où le maestro Philippe Bender et l’Orchestre philharmonique de Nice, à l’image d’un « Mexican Stand off », se faisaient face sans se rencontrer, de l’eau -et vraisemblablement beaucoup de travail en commun- a coulé sous les ponts. Le résultat : un concert d’excellente qualité donné le vendredi 16 octobre 2009 à l’Opéra de Nice avec, au programme, « Till Eulenspiegels lustige Streiche » op. 28 de Richard Strauss, le Concerto n°2 en la majeur pour piano et orchestre de Franz Liszt et la Symphonie n°1 en ut mineur, op. 68 de Johannes Brahms.

Le maestro Philippe Bender
Le maestro Philippe Bender
Malgré les doutes qui subsistent dans l’esprit de certains des musiciens de la phalange niçoise -mais peut-on appréhender les évolutions du cyclone lorsque l’on se trouve en son sein ?- force a été de constater l’heureuse conséquence des nombreuses répétitions partielles. Celles-ci ont permis d’instaurer une relation plus nourrie entre l’orchestre et son directeur. Contrairement au concert précédent, celui-ci ne « décroche » pas au cours de sa performance. Des progrès sont ainsi visibles dès les premières mesures du poème symphonique de Richard Strauss : le maestro investit plus nettement l’espace orchestral où plus aucun groupe d’instrumentistes n’est laissé orphelin. Toute en souplesse et en élasticité, sa direction laisse une grande latitude aux interprétations individuelles. Elle devient en quelque sorte la marque personnelle de Philippe Bender, quitte à désemparer encore certains des musiciens habitués, avec le chef précédent, à davantage de liens serrés.

Jean-Yves Thibaudet
Jean-Yves Thibaudet
Dans le concerto n° 2 en la majeur de Franz Liszt, l’inspiration pianistique du célèbre virtuose Jean-Yves Thibaudet ne le cantonne pas uniquement dans un jeu personnel, lequel séduit déjà par cet équilibre si parfait où la précision du doigté n’altère pas, bien au contraire, la subtilité délicate des sonorités : on le sent agi par cette musique, transcendé par la mélodie, se métamorphosant en corps mystique, figure d’un saint Sébastien transpercé à chaque mesure d’une partition complètement incarnée. Ce qui nous vaut un sublime duo, très impressionnant d’intensité, avec le violoncelle solo de Zella Terry. Acclamé à l’issue de son exécution, Jean-Yves Thibaudet n’a eu d’autre choix que celui d’offrir à la salle enthousiaste un bis : l’Intermezzo op. 118 de Brahms destiné à faciliter la transition avec la deuxième partie de la soirée, la Symphonie n°1en ut mineur, op. 68, de Johannes Brahms.

On aurait mauvaise grâce, en écoutant cette dernière oeuvre, à ne pas voir les effets d’un travail en profondeur du chef avec l’Orchestre philharmonique de Nice : une direction précise, permettant le développement harmonieux entre des envolées lyriques, paroxystiques, des cordes et les échappées solitaires du premier violon de Vera Novakova. On ne pourra pas reprocher non plus à Philippe Bender son respect à la fois méticuleux et agréable de la légèreté pastorale du IIIème mouvement. On notera avant l’accélération finale de l’Adagio, l’écho touchant d’une mélodie émanant de la flûte traversière interprétée par Isabelle Demourioux.

Commentaires à la fois amusés et surpris de certains instrumentistes au moment des copieux applaudissements destinés à l’orchestre et à son chef : « cela s’est passé ». Oui, effectivement, quelque chose « s’est passé ». Le plaisir partagé de la musique tout simplement.

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